Tout au long de ma vie, le Seigneur m’a béni en me confiant de nombreux appels à servir dans l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Ce fut une grande bénédiction de servir comme évêque, président de pieu, représentant régional (soixante-dix d’inter région) et maintenant comme patriarche. Mais celui dont je me souviens avec le plus de tendresse est sans doute mon appel comme conseiller au collège des diacres de la paroisse de Scarborough. J’ai toujours aimé travailler avec les jeunes, surtout les jeunes gens.
Lorsque mon évêque, qui était mon gendre, me proposa cet assignement en 2001, ma première réaction fut de rire. J’avais 71 ans ! Mais il était sérieux. Mise à part les blagues, j’étais ravi de cette opportunité de pouvoir servir les diacres. Quatre évêques successifs ont apparemment partagé cet avis, puisque j’ai occupé cet appel pendant près de 20 ans. Avec le temps, et à l’approche de mon 90e anniversaire, il me semblait encore possible d’être conseiller des diacres à cet âge-là. Le livre des records Guinness a-t-il une catégorie pour les conseillers au collège des diacres ? Mais ce ne fut pas le cas. Je fus relevé lors de ma 89 e année.
Enseignement des compétences de la vie aux garçons
J’aimais l’enthousiasme et l’énergie de ces jeunes de 12 à 13 ans lors de nos rencontres chaque dimanche et mercredi soir. Quelle chance j’aie eue de contribuer au développement de leur foi et de leur témoignage pendant leurs années de formation ! J’ai aussi pu les aider à acquérir et à développer les qualités essentielles de leadership lorsqu’ils servirent à tour de rôle dans la présidence du collège.
Ma plus grande passion à part travailler avec les jeunes est le travail du bois. J’aimais accueillir les garçons dans mon atelier pour certaines de nos activités du mercredi. En les guidant dans cette aventure, chacun ressentait la satisfaction de créer de ses propres mains un objet utile. D’autres mercredis soirs, on rendait service, par exemple en ramassant les feuilles mortes chez une veuve. Cela aussi leur procurait un sentiment de satisfaction en se rendant utiles, car ils voyaient le fruit de leur travail et ressentaient l’amour et la gratitude de la veuve qu’ils servaient.
Le Seigneur aime tous ses enfants, et moi je les aime aussi
Toronto fut désigné la ville la plus multiculturelle au monde. La composition de notre paroisse reflète cette diversité internationale, puisque ses membres sont originaires d’au moins 30 pays. Au cours des dernières années, nous avons constaté une prédominance d’immigrants des Philippines, du Brésil et du Nigéria. Le collège des diacres présente la même diversité internationale. À une époque, j’avais trois garçons au collège, tous ayant comme prénom Sébastien : l’un d’Haïti, l’autre de Colombie et le dernier des Philippines. Nombre de nos familles immigrantes traversèrent de graves épreuves. Cela peut représenter des défis particuliers pour les dirigeants de l’Église, notamment pour le conseiller au collège des diacres.
Carlo (nom d’emprunt) était le fils aîné d’une mère monoparentale guatémaltèque. Il ne venait pas à l’église. Je lui rendis visite et l’encourageai à venir à l’église et à participer au collège des diacres. J’étais ravi lorsqu’il commença à assister aux réunions chaque dimanche et qu’il devint un diacre fidèle. Plus tard, après que Carlo gradua du collège des diacres, sa mère vint me voir angoissée. Elle m’expliqua que Carlo, alors en secondaire 3, était injustement puni à l’école. Je n’étais plus le conseiller au collège des diacres, mais il restait que c’était Carlo, et j’avais le temps d’intervenir en faveur de cette famille. Sa mère, mon fils et moi nous nous sommes rendus à l’école pour obtenir justice pour Carlo. Ma présence donna à Carlo et à sa mère le courage de plaider leur cause et leur valu le respect de l’administration de l’école. Carlo fut trouvé innocent. Ils furent très contents, et j’étais reconnaissant d’avoir pu les aider.
J’ai eu une autre opportunité d’aider Bruno (nom d’emprunt), un jeune homme dont la famille était arrivée récemment comme réfugiée d’Angola. Son père avait été tué dans le conflit qui ravageait ce pays. Sa mère s’était enfuie avec ses trois enfants, d’abord en République démocratique du Congo, puis au Canada. Les épreuves qu’ils traversèrent sont indescriptibles. Bruno était grand et costaud, plus grand que la moyenne pour son âge, ce qui le faisait paraître différent de ses camarades à l’école. Sans doute à cause du traumatisme qu’il vécut en tant que réfugié, et de ses difficultés linguistiques, son comportement perturbait sa classe de secondaire 2.
En allant à un rendez-vous à l’école avec Bruno et sa mère, j’ai réalisé que la communication serait difficile. Elle parlait portugais et ne pouvait pas communiquer en anglais. Ayant vécu au Congo, elle avait cependant appris le français. Le problème fut réglé lorsque la direction de l’école a aimablement délégué la rencontre à l’enseignante de français. L’entrevue s’est déroulée dans une ambiance cordiale et fructueuse, et nous avons pu faire preuve de diplomatie au nom de Bruno afin de faciliter son adaptation vers un comportement approprié en classe.
Accompagnement individuel
Je considérais mon rôle au collège des diacres comme un assignement à servir chaque jeune gens individuellement. Chacun était unique, tout comme leurs besoins et leurs difficultés en raison de leurs origines culturelles diverses. Dans la plupart des familles, les parents étaient des convertis à l’Église, dont plusieurs avaient récemment été baptisés. Certaines familles étaient composées de membres de l’Église et de non-membres, d’autres étaient monoparentales (mère seule). L’engagement des parents à soutenir leurs enfants dans leurs activités religieuses variait; certains diacres bénéficiaient d’un soutien parental total, tandis que d’autres comptaient entièrement sur leur propre initiative pour rester fidèles. J’ai rendu de nombreuses visites en personnes dans les foyers de certains diacres qui semblaient avoir besoin de mes encouragements, afin de les aider à rester actifs et les aider à participer aux programmes du collège comme le programme « Devoir envers Dieu ».
Malheureusement, certains de ces jeunes gens quittèrent l’Église pour s’engager sur des chemins incertains. Mais voir « mes diacres » grandir et devenir matures, accomplir fidèlement une mission et avoir du succès dans leur vie personnelle fut pour moi une grande source de satisfaction. Tout succès dans la vie d’un jeune homme est, à mes yeux, un motif de réjouissance. J’espère avoir eu une influence positive sur chacun de ces jeunes que j’ai accompagnés. Je garde l’espoir que le bref moment passé avec eux à partager mon amour et ma foi demeurera en chacun d’eux comme une étincelle de vérité, une étincelle qui perdurera ou qui, un jour, se rallumera dans leur conscience.
Mon engagement de près de 20 ans comme conseiller au collège des diacres a peut-être contribué à la longévité et à la bonne santé générale dont je jouis encore dans ma 97e année. Quoi qu’il en soit, ce service m’a procuré une grande joie et une profonde satisfaction personnelle.