À 9 h 04 min 35 s, par une matinée froide et claire du 6 décembre 1917, deux navires se trouvaient parmi plusieurs autres dans le port de Halifax. Le Mont Blanc, navire français chargé de munitions et explosives, est entré en collision avec le navire de secours norvégien Imo. L’explosion qui s’ensuivait a détruit littéralement le Mont Blanc, tandis que l’Imo a été projeté sur la côte de Dartmouth. C’était la plus grande explosion non nucléaire d’origine humaine que le monde a connue jusqu’alors.
Elle a provoqué la pire catastrophe jamais survenue dans une ville canadienne. Le nombre de morts, de blessées et l’étendue des dégâts qui se sont abattus sur Halifax égalait les pires carnages infligés sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale en Europe.
Ayant grandi à Halifax, en Nouvelle-Écosse, l’histoire de l’explosion faisait partie du programme scolaire. En tant qu’élève, j’ai lu des articles à ce sujet, mais cela ne m’a pas ému au-delà de l’importance d’un devoir scolaire. Chaque 6 décembre, j’accompagnais mes parents, Jack et Mary Durnford, aux cérémonies commémoratives en hommage aux près de 2 000 personnes qui ont perdu la vie.
Les échos de la catastrophe me touchent au coeur
Le 4 décembre 1998 a été un jour décisif pour moi. Je rendais visite à ma famille et à mes amis à St. John’s, à Terre-Neuve. À l’aéroport, en attendant mon vol de retour vers Halifax, je me promenais dans la boutique de souvenirs et jetais un œil à plusieurs livres. C’est alors que je l’ai repéré, le livre qui m’a conduit sur un chemin que je n’aurais jamais imaginé : Too Many to Mourn par James et Rowena Mahar. Par coïncidence, les auteurs se trouvaient là aussi, donc, je leur ai demandé de signer le livre que j’avais acheté et nous avons brièvement discuté.
En lisant le récit de l’explosion dans le livre, j’ai eu le cœur brisé. Ce jour-là, en décembre, 66 membres de la famille Jackson vivaient à Halifax. Quarante-six ont été tués et la majorité des vingt survivants ont été gravement blessés. Ce fut la plus grande perte humaine subie par une seule famille dans l’explosion.
Lorsque j’ai fini le livre, j’étais littéralement affaibli. Je me suis senti obligé d’organiser les informations sur la famille Jackson dans des fiches de groupe familial. J’ai travaillé sans relâche à cette tâche et, lorsque j’ai eu terminé, je me suis dit : « Et maintenant ? » Je n’avais aucun lien de parenté avec la famille Jackson ; je ne pouvais donc pas accomplir les ordonnances du temple pour eux. Mais une voix persistante me disait : « Le travail doit être achevé pour cette famille. »
À ce moment-là, j’ai demandé au président du temple de Halifax, « Que dois-je faire ? »
« Soyez patiente. » Il m’a répondu.
Des anges sont envoyés pour nous aider…moi et ceux qui étaient perdus
Dix ans plus tard, j’ai vécu un autre moment décisif.
Alors que je travaillais dans une école primaire à Bedford, en Nouvelle-Écosse, j’ai rencontré une nouvelle enseignante nommée Diane Walker. Au cours de notre conversation, on a abordé le sujet de l’explosion de Halifax. J’ai appris qu’elle était l’arrière-arrière-petite-fille de James Jackson et Elizabeth Halloran Jackson, les chefs de la famille qui a perdu 46 membres dans l’explosion.
En août 2015, j’ai appris que Diane organisait une réunion familiale pour les descendants de la famille Jackson. Certains membres de la famille avaient déménagé en Californie pour échapper aux souvenirs de cette terrible journée. Mary « Minnie » Jackson a donné naissance à une fille, Eloise Catherine Walker, en Californie. Eloise a décidé de retourner en Nouvelle-Écosse, où elle a élevé sa fille, Diane Walker.
Une réunion de famille réunit ceux qui sont des deux côtés du voile
J’ai ressenti le besoin urgent de participer à la réunion. Je ne savais pas pourquoi. J’ai parlé avec Diane et lui a proposé l’aide de mon mari, Bill et moi-même. Elle a gracieusement accepté notre offre. Depuis la cuisine, nous avons regardé cette merveilleuse famille venue du Maryland, de Californie, et de Nouvelle-Écosse se réunir pour partager ses histoires et ses expériences. Nous nous sommes sentis privilégiés de participer à ce moment historique.
Une autorisation écrite d’un membre de la famille était nécessaire pour accomplir les ordonnances du temple pour les personnes décédées qui n’étaient pas nos ancêtres. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai parlé à Diane avec une prière dans le cœur. Ella a accepté de fournir le consentement écrit nécessaire, et mon cœur s’est gonflé de joie.
J’ai soumis le consentement écrit et le département du temple de l’Église m’a informé que je pouvais commencer cette œuvre sacrée dans le temple de Halifax. Je me suis rapidement rendu compte que j’avais besoin d’une aide considérable. Les membres de la paroisse et du pieu étaient heureux et disposés à m’aider.
Je souhaitais que les personnes agissantes en tant que représentants pour les ordonnances en sachent autant que possible sur les membres de la famille Jackson. Nous avons encouragé les jeunes à effectuer des recherches, puis à présenter des informations sur les différents membres de la famille lors d’une activité de paroisse. Nous avons accompli les ordonnances du temple non seulement pour un nom, mais en connaissant la vie et la fin tragique de chaque personne.
Un autre miracle pour les enfants
J’ai poursuivi mes recherches pendant que les ordonnances du temple étaient accomplies. J’ai appris que plusieurs enfants âgés de moins de huit ans au moment de leur décès ne pouvaient être scellés à leur famille sans l’autorisation d’un membre de la famille qui étaient également membre de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. C’était une demande intimidante. Les recherches ont commencé et ont duré plus d’un an.
Un autre moment décisif a été ma rencontre avec sœur Vincent, qui est devenue ma plus grande alliée. Son expertise s’est avérée inestimable.
Un soir, alors que je terminais mon service dans le temple de Halifax, j’ai reçu un appel de sœur Vincent. Elle m’a dit qu’elle avait trouvé quelqu’un qui était un descendant de la famille Jackson et qui remplissait les conditions requises pour être membre de l’Église.
Je lui ai demandé : « Est-ce que la personne habit près d’ici ? »
« Oh oui, » m’a-t-elle répondu. « C’est votre mari, Bill ! »
J’étais sous le choc, sans voix. Mon mari a grandi en Californie et ne savait rien de l’explosion de Halifax. Il est le cousin au dixième degré de James Stephen Jackson (1848-1901).
Mes prières et mes efforts ont été guidés afin que je puisse aider à accomplir les ordonnances salvatrices pour la famille Jackson, des ordonnances qui étaient si importantes et bien méritées.
Je suis reconnaissante à tous ceux qui ont aidé à accomplir l’œuvre du temple pour la famille Jackson : Diane Walker, Vince Vincent, les jeunes et les familles de la paroisse de Lower Sackville, les serveurs du temple de Halifax et de nombreux membres de l’Église.
Lorsqu’une porte se ferme alors que l’on accomplit une œuvre essentielle pour les morts, quelque part, d’une manière ou d’une autre, une fenêtre s’ouvre. Ma vie a été remplie de moments décisifs qui ont apporté des bénédictions éternelles des deux côtés du voile.