Réflexions sur le service pastoral… « Je dois simplement y aller. »

L’essentiel du service pastoral efficace, c’est en fait être présent

Christ ten lepers

J’ai eu la chance de grandir dans un petit village blotti au pied des montagnes rocheuses dans le Sud de l’Alberta. L’endroit s’appelle Beazer en l’honneur de certains des premiers pionniers qui s’y étaient installés, et notre voisinage s’étendait le long d’un petit ruisseau sinueux appelé Lee Creek. Il y avait une école constituée d’une seule pièce et une chapelle pour nous réunir et dans laquelle il y avait un beau gymnase. Si la journée était bonne, on pouvait s’attendre à voir 50 ou 60 personnes aux réunions.

Chief Mountain Beazer

Lorsque j’ai atteint l’âge approprié, on m’a confié la tâche de faire des visites au foyer. Mon compagnon était un vieil homme grisonnant qui me paraissait être âgé de cent ans. Si je me souviens bien, son nom de famille était Beazer. Les chances que ce soit le cas étaient élevées.

Il passait me prendre chaque mois dans son camion de fortune et nous partions. Il était assis là au volant et il parlait et parlait. Puis il parlait encore. Mon jeune esprit s’inquiétait de deux choses, tout d’abord qu’il s’endorme et que je doive terminer la leçon. Ma deuxième peur était qu’il y ait une urgence médicale et que je doive d’une façon ou d’une autre le ramener chez lui.

Old Truck

Mais chaque mois nous faisions nos visites et cela faisait une impression sur moi.

Ce qu’il y avait de plus beau à propos de mon petit village, c’est que si quelqu’un pleurait ou était triste, nous l’étions tous et lorsque quelqu’un célébrait un événement, nous étions tous heureux.

Je crois qu’aujourd’hui, nous appellerions cela le service pastoral. Cela venait naturellement, et nous nous servions tous les uns les autres bien avant que « servir soit cool ». Les visites au foyer n’ont jamais empêché cela.

Ce qui se dit pendant une visite n’est peut-être pas le plus important

Parlons maintenant de 1980.

Un jour, notre famille a reçu un appel de frère Zaugg, un membre de notre paroisse. Il nous informait qu’il était maintenant notre visiteur au foyer. C’était un homme réservé, sans prétention qui ne cherchait jamais l’attention, mais qui était toujours prêt à aider.

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Il a demandé s’il pouvait nous visiter un mercredi soir. Nous avons cordialement accepté, et il est venu.

Après avoir présenté une courte leçon, il a dit : « Je fais mes visites au foyer le premier mercredi de chaque mois. Est-ce que ça vous convient? »

Ne sachant pas quoi dire d’autre, nous avons répondu oui.

Il a ensuite ajouté : « J’aurais du temps pour vous à 19 h. Est-ce que ça vous irait? Nous avons accepté.

Pendant des années, le premier mercredi de chaque mois, à 19 h, on sonnait à la porte et ils étaient là, lui et son compagnon. Nous l’avions inscrit sur notre calendrier de planification annuel, et lorsque nous savions que nous ne serions pas à la maison, nous téléphonions à frère Zaugg et l’informions que nous ne serions pas disponibles

À Noël, le Père Noël passait. Lorsque nos enfants perdaient une dent, la fée des dents passait. Le premier mercredi de chaque mois, à 19 h, frère Zaugg venait.

Des années plus tard, je crois qu’aucun de nous ne se souvenait très bien de ce qui s’était dit pendant nos leçons, mais si son nom était mentionné, on souriait avec affection et on disait « Chaque premier mercredi à 19 h. » Nous ne l’oublierons jamais.

Ministering

Les récompenses du service pastoral ne sont pas toujours immédiates

Pendant cette même période et dans la même paroisse, j’étais président du collège des anciens. Nous mettions en œuvre un plan visant à nous concentrer sur plusieurs personnes ou familles dans un effort pour les bénir. Nous avions demandé aux visiteurs au foyer de se concentrer sur seulement une famille ou une personne. Nous ne donnions pas de directives particulières.

Le secrétaire du collège des anciens et moi avions choisi un jeune couple de notre paroisse. L’épouse était membre de l’Église, mais pas son mari. Il venait toutefois assez souvent aux réunions et il était très facile d’approche.

Lors de notre première visite, nous leur avons demandé s’ils avaient déjà reçu les discussions missionnaires. Ils ont répondu non. Nous leur avons demandé s’ils s’opposeraient à ce qu’un couple d’anciens missionnaires viennent les visiter pour rafraîchir leur mémoire et les enseigner. Ils ont accepté.

Family praying missionaries

Les visites étaient conviviales et nous passions de bons moments. Lorsque nous nous sommes agenouillés après la première leçon, nous avons demandé au frère de faire la prière (la procédure missionnaire habituelle à cette époque). Suivant quelques directives, c’est ce qu’il a fait.

Peu de temps après la fin des leçons, ils ont déménagé en Colombie‑Britannique et nous ne les avons jamais revus. Cependant, environ trente ans plus tard, le mari m’a téléphoné, et la conversation s’est déroulée à peu près ainsi :

« Bonjour frère Wright, vous vous souvenez de moi?

Bien sûr, ai-je répondu. Comment allez-vous? »

Puis il a commencé par me remercier pour les discussions missionnaires, et m’a annoncé qu’il venait tout juste d’être baptisé. Il voulait aussi que je sache que ces visites avec les missionnaires avaient eu un profond impact dans sa vie. Cela a transformé ma journée!

Crutches

Le service pastoral ne doit pas être considéré comme une tâche, souvent, c’est mieux que ce n’en soit pas une

Dans une autre paroisse qui se réunissait dans notre chapelle, il y avait un jeune homme atteint de paralysie cérébrale. Il se déplaçait tant bien que mal avec deux béquilles d’avant-bras. Nous ressentions beaucoup de compassion en le voyant déambuler dans l’allée avec difficulté.

Lorsqu’il fut en âge de distribuer la Sainte-Cène, il en était incapable jusqu’à ce que quelqu’un réussisse à organiser un plateau qu’il pouvait porter à son cou. Les autres diacres plaçaient le pain ou l’eau sur le plateau et avec beaucoup de difficulté, il montait et descendait les allées, mais un grand sourire illuminait son visage. Les gens soulevaient le plateau et prenaient la Sainte-Cène. C’était merveilleux à voir.

Bear's hump Waterton
Sentier Bear’s Hump dans le parc national des Lacs-Waterton, Alberta

Plus tard, lorsqu’il a terminé ses études secondaires, certains de ses compagnons de classe ont décidé de célébrer dans le parc national des Lacs-Waterton, situé tout près. Tard dans la soirée, quelques-uns des garçons ont décidé de suivre le sentier Bear’s Hump, un sentier très abrupt menant à un versant escarpé d’où l’on avait une vue spectaculaire de la ville. Comme le sentier présente plusieurs lacets, la montée n’est pas facile même dans les meilleures conditions et certainement pas la nuit.

Il aurait été impossible à leur ami d’effectuer le trajet, alors les autres garçons ont décidé de le porter chacun leur tour pour monter jusqu’au sommet et en descendre. Il est maintenant marié et poursuit une brillante carrière en droit.

Le service pastoral s’est de porter les fardeaux des autres et ne jamais laisser personne derrière.

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Une dernière pensée

Un de mes plus récents compagnons de service pastoral ne pouvait m’accompagner un soir à notre rendez-vous, alors j’ai proposé d’y aller seul. Il a répondu : « Non, je dois simplement y aller. » Nous avons planifié un rendez-vous à un autre moment.

Voici le lien à un article qu’il a écrit au sujet du service pastoral. J’espère que vous le lirez. C’est inspirant. (Le Seigneur et ses enfants ONT BESOIN de serviteurs exceptionnels, Ryan Wolfe)

Je crois que par le baptême, nous devenons serviteurs par alliance. Ne devrions-nous donc pas faire « de bon gré tout ce qui est en notre pouvoir » (Doctrine et Alliances 123:17) pour servir tous nos frères et sœurs?