Mon épouse et moi sommes les parents de cinq merveilleux enfants. Chacun d’eux est pour nous une source de beaucoup de joie et présente des défis que nous considérons comme des occasions de progresser. Nous aimons chacun d’eux sans mesure. Tyler, notre fils aîné est un jeune homme formidable et il est autiste.
Pour nous, être les parents d’un fils atteint d’une neurodiversité a été une aventure en terrain inconnu. Bien sûr nous ayons connu des moments de joie extrême, l’incertitude qui accompagne une invalidité peut parfois entraîner un sentiment de désespoir. Pendant des années, il me semblait que ma foi chancelait, qu’elle était écrasée par le poids d’une culpabilité muette et mal placée et par la peur tenace que j’étais à blâmer pour ses difficultés.
Aujourd’hui, dans le cadre de mon travail, je rencontre souvent des parents dont les enfants sont atteints d’invalidités complexes. Ces gens compétents sont des personnes dévouées. J’ai constaté que, comme moi, ils craignent souvent que la situation difficile de leur enfant est non seulement effrayante, mais aussi en quelque sorte une réflexion de leur propre inaptitude.
L’idée fausse du blâme
L’idée que toutes les tribulations sont le résultat des péchés d’une personne est une idée fausse commune qui persistent depuis la nuit des temps. Même les apôtres du Sauveur ont débattu à propos de cette « théologie du mérite » comme le montre cette écriture tirée du livre de Jean : « Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui posèrent cette question : Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle? » (Jean 9:1–2).
La réponse du Sauveur était un point crucial pour toute l’humanité : « Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché ; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. (italique ajouté) » (Jean 9:3).
Président Dallin H. Oaks a expliqué que nous devons faire la différence entre les tribulations causées par nos propres choix et celles qui font simplement partie de notre existence mortelle. Il enseigne que nous ne devrions pas croire que toutes les souffrances sont une conséquence du péché. Il a dit : « Certaines souffrances découlent de nos propres péchés ou de ceux des autres; beaucoup de souffrances font simplement partie de la condition mortelle » (Conférence générale, octobre 1991, p. 81). Si nous avons foi en Jésus-Christ, nous pouvons passer au travers des difficultés les plus extrêmes de la vie avec espoir.
Des tribulations à la transformation
Le plan du bonheur a été divinement conçu en vue d’être une source pour l’apprentissage et l’expérience. Ces éléments de progression purifiants ne pouvaient se concrétiser que dans la condition mortelle et les difficultés inhérentes de l’adversité. Malgré ces dures réalités, l’amour et la victoire peuvent quand même subsister. Orson F. Whitney a dit : [traduction] « Aucune de nos souffrances, aucune de nos tribulations ne sont en vain […] Tout ce qui nous afflige et tout ce que nous endurons, surtout si nous traversons toutes ces choses avec patience, développent notre caractère, purifient notre cœur, enrichissent notre âme et nous rendent plus sensibles et charitables. […] C’est par la peine, la souffrance, le dur labeur et les tribulations que nous apprenons ce que nous sommes venus ici pour apprendre. » (Orson F. Whitney, A Lesson from the Book of Job, Improvement Era, novembre 1918, p. 6–7).
Lorsque nous songeons aux difficultés qu’entraînent une invalidité ou le déchirement causé par les espoirs déçus¸ il faut se rappeler « l’espérance d’une pureté parfaite » (2 Néphi 31:20) qui vient de l’expiation de Jésus-Christ. Le rôle divin du Christ comme Sauveur fait de lui la protection ultime entre les souffrances et les injustices de cette vie mortelle et la paix qui nous attend après. Développer constamment la foi en lui est un processus qui prend du temps, de l’énergie et le pardon de soi. Toutefois, lorsque nous ciblons notre confiance de façon appropriée, nous y parvenons. Président Nelson a affirmé : « Votre foi grandissante en lui déplacera les montagnes, non les montagnes de pierres qui embellissent la terre, mais les montagnes de souffrances de votre vie. Votre foi florissante vous aidera à faire de vos difficultés des occasions de progression » (Conférence générale, avril 2021). Pour chacun de nous, cette sanctification c’est la manifestation de l’œuvre de Dieu.
Il faut croire que des choses meilleures sont à venir
Président Jeffrey R. Holland a enseigné le principe selon lequel la lumière est souvent plus visible lorsque la noirceur alentour est la plus absolue. Il a déjà partagé un moment difficile de sa propre vie, une période d’épuisement intense et d’effondrement émotif pendant ses études supérieures. Il a raconté qu’alors qu’il traversait le désert avec sa jeune famille, sa voiture était tombée en panne, il s’était senti dépassé par son inaptitude et le poids de ses responsabilités.
Des années plus tard, il est retourné à ce même endroit sur l’autoroute et s’est revu, jeune et désespéré. Il a affirmé que s’il pouvait retourner en arrière, il dirait à ce jeune père en difficulté : « Ne laisse pas tomber, mon gars. N’abandonne pas. Continue de marcher. Continue de faire des efforts. Il y a de l’aide et du bonheur qui t’attendent. […] Tout ira bien à la fin. Mets ta confiance en Dieu et crois aux biens à venir. […] Certaines bénédictions se manifestent rapidement, d’autres tard, certaines uniquement aux cieux, mais pour ceux qui embrassent l’Évangile de Jésus-Christ, elles se manifestent » (Conférence générale, octobre 1999, p. 44-45).
Pour ceux d’entre nous qui vivons avec les complexités de l’invalidité, l’œuvre de Dieu peut être un éventuel miracle. Entre temps, nous trouvons de la force dans la grâce de Dieu pour continuer d’avancer jusqu’à ce que le miracle se produise. Comme on peut lire dans les psaumes : « Le soir arrivent les pleurs, Et le matin l’allégresse » (Psaumes 30:6).
Voir avec les yeux du Sauveur
Lorsque le Christ a rencontré l’homme aveugle, il n’a pas vu un problème théologique à résoudre; il a vu une âme à chérir.
Quel changement se produirait dans nos foyers si nous adoptions le même regard? Qu’arriverait-il si nous remplacions le blâme par la compassion? Et si nous remplacions la peur de l’avenir par la foi au maître guérisseur?
Tout a changé dans notre famille lorsque nous avons cessé de nous demander qui était à blâmer pour plutôt chercher à savoir comment Dieu pouvait se manifester. L’autisme n’a pas disparu, mais il est devenu la mission de notre foyer. La noirceur du désespoir a été remplacée par la « lumière du monde » (Jean 8:12).
Mais, le mois dernier, en regardant dans l’auditorium de notre école secondaire tout décoré et rempli de sièges pour une cérémonie de graduation, encore une fois j’ai encore ressenti le pincement de la tristesse. Tyler aurait dû recevoir son diplôme d’études secondaires cette année. Toutefois, après des années à me fier sur un plan et sur une sagesse supérieure à la mienne, mon regard spirituel m’a permis de me remettre plus rapidement. Pour moi, c’est ainsi que son œuvre se manifeste dans ma vie.
Nous avons appris en élevant notre fils Tyler qu’être parents, ce n’est pas une question de contrôle, mais de confiance. Dans 2 Néphi 2:2, Léhi dit à Jacob, « tu connais la grandeur de Dieu, et il consacrera tes afflictions à ton avantage ». Cette promesse est personnelle. Ces moments de désespoir où j’ai versé tant de larmes, ces prières silencieuses qui se poursuivaient jusque tard dans la nuit ne sont pas des preuves de l’absence de Dieu. Je témoigne que c’est pendant les moments où nous lui faisons confiance malgré une grande adversité, qu’il est le plus intimement présent.
Lorsque son œuvre se manifeste, notre cœur et notre façon de voir changent d’une vision de blâme et d’un sentiment de victime au rétablissement d’une vision salvatrice et spirituelle.