À la fin de l’été 1968, à l’âge de trente ans, je ressentie l’appel à quitter mon emploi de vendeur à commission pour entreprendre des études universitaires. Cette impulsion fut renforcée par un passage contenu dans ma bénédiction patriarcale m’incitant à acquérir la meilleure formation possible pour « mon travail dans le monde ». Après mûre réflexion, avoir prié et grâce aux encouragements de mon épouse Betsy, je postulai à l’université de Brigham Young et je fus admis. Après avoir vendu notre maison à Burnaby, en Colombie-Britannique, et quitté mon emploi, on a appris que Betsy était enceinte de notre deuxième enfant. Cette nouvelle nous fit hésiter, mais nous nous sommes dit que, puisque notre décision reposait sur une révélation personnelle, le Seigneur pourvoirait.
Et le Seigneur a pourvu à mes besoins ! Six ans plus tard, j’avais obtenu un baccalauréat en lettres et un certificat d’enseignement de l’université Brigham Young, ainsi qu’une maîtrise en lettres de l’université de l’État de l’Utah. Mon objectif était d’enseigner l’histoire dans un collège.
Il était temps pour notre famille, qui comptait maintenant quatre enfants, de retourner au Canada. Pendant nos années en Utah, j’avais financé mes études en travaillant l’été comme vendeur à commission chez Sears. Maintenant que j’avais obtenu mon diplôme, je ne pouvais plus travailler aux États-Unis. Il était impératif que je trouve rapidement un emploi d’été et un poste universitaire au Canada. Pendant des mois, j’envoyai des lettres de demande d’emploi à des universités, sans succès.
Les semaines qui suivirent l’obtention de mon diplôme furent parmi les plus éprouvantes de ma vie. J’ai manqué la cérémonie de remise des diplômes, quitté ma famille à Logan, en Utah, et, avec peu d’argent et une carte de crédit Shell pour l’essence, je suis parti pour Banff, en Alberta, où on m’avait offert un emploi de chauffeur touristique. Pendant que j’examinais l’offre, j’ai appris qu’un salon de l’emploi où on recrutait des enseignants du secteur public se tiendrait bientôt à Vancouver, en Colombie-Britannique. Je refusai le poste de chauffeur et je parcourue les huit cents kilomètres pour me rendre au salon de l’emploi.
Au salon de l’emploi, j’eue plusieurs entrevues encourageantes, dont une qui m’a pratiquement assuré un poste d’enseignant dans une école secondaire de la vallée de l’Okanagan. Le directeur me promit de m’appeler le lundi suivant pour me confirmer la position.
Le jour suivant, je suis allé à l’église dans mon ancienne paroisse à Burnaby, en Colombie-Britannique. Un ami m’a dit que la maison qu’on avait vendue 17,000$ six ans plus tôt valait maintenant plus de 100,000$. Avec peu d’argent, sans emploi et une famille à charge, cette nouvelle m’affecta profondément. Je me suis demandé si c’était vraiment une révélation personnelle qui nous avait emmenés en Utah.
Toute la journée du lundi, je suis resté près du téléphone, alors que j’étais chez ma belle-mère. L’appel n’est jamais venu ! J’ai très peu dormi cette nuit-là, rongé par l’anxiété quant à la marche à suivre.
Un an auparavant, j’avais refusé un poste de vendeur chez Xerox à Calgary. Désespéré, je suis retourné en Alberta. La compagnie Xerox était en train de déménager son siège social. Après avoir passé la nuit dans ma voiture et m’être un peu rafraîchit dans une station-service, je me suis senti mal à l’aise en entrant dans ce bâtiment tout neuf. On me demanda, assez brusquement, de revenir plus tard.
Je suis alors sorti de l’édifice et me suis retrouvé sur le trottoir, paralysé par une sorte de stupeur. Ma famille me manquait terriblement et je voulais retourner à Logan. Mais comment faire ? Ma famille comptait sur moi pour trouver un emploi. Je restai là plusieurs minutes, suppliant mon Père céleste de me montrer la marche à suivre. Soudainement, l’Esprit me murmura : « Sears ». Mon cœur bondit ! Pourquoi n’y avais-je pas pensé ! Je n’avais pas besoin de permis de travail au Canada.
J’ai rempli une demande chez Sears, en insistant sur mes étés passés au sein de l’entreprise aux États-Unis, puis je demandai à rencontrer le responsable. Sentant peut-être mon désespoir, la réceptionniste m’a souri d’un air encourageant et lui a remis ma candidature. Il y jeta un coup d’œil, sourit et m’invita dans son bureau. Il s’avéra que lui aussi avait travaillé chez Sears pour financer ses études. Après une conversation amicale, il me dit : « D’accord, on aurait besoin d’un vendeur expérimenté au rayon de la quincaillerie. Seriez-vous d’accord pour assurer l’intérim cet été, le temps que je trouve la personne idéale ? » Inutile de dire que j’ai accepté avec enthousiasme. J’ai demandé une semaine pour aller chercher ma famille, et il accepta. J’ai dévalé l’escalier roulant deux marches à la fois et j’ai téléphoné à Betsy.
Le quatrième jour chez Sears, j’étais seul dans l’allée quand le téléphone sonna. L’appelant se présenta comme le directeur d’un collège en Colombie-Britannique. « Vous êtes difficile à joindre » me dit-t-il. Il m’offrit un emploi comme professeur d’anglais et en sciences humaines pour la rentrée. Le salaire était si bas que j’ai failli refuser. Mais comme il était si gentil et qu’il avait pris la peine de me trouver, je lui ai dit que j’y réfléchirais.
Ce soir-là, j’ai dit à Betsy que je refusais carrément l’offre, parce qu’on ne pourrait pas vivre avec ce salaire. À ma grande surprise, elle me répondit : « Je pense que tu devrais l’accepter. Tu as travaillé six ans pour devenir enseignant. Ce n’est pas ce que tu veux, mais tu vas enseigner. D’ici la fin de l’été, on aura assez économisé pour déménager, et on sait se débrouiller.
Ce soir-là, on a prié à ce sujet, et le lendemain matin, j’ai accepté le poste.
Fin août, nous avons déménagé à Castlegar, une petite ville près de la frontière canado-américaine, au nord de Spokane, dans l’État de Washington. Nous avons survécus à l’année scolaire 1975-1976 grâce à mon maigre salaire, complété pendant les vacances d’été par le travail de Betsy à la bibliothèque municipale. Je restai à la maison avec les enfants et je travaillai à l’obtention de mon certificat d’enseignement de la Colombie-Britannique.
Après deux ans au collège, je fus embauché comme l’un des dix membres de la faculté d’un nouveau collège communautaire sur l’île de Vancouver.
En regardant en arrière et en repensant à ces jours qui ont suivi l’obtention de mon diplôme, je me rends compte que mes « afflictions » n’ont été que passagères (Doctrine et Alliances 127:7) et que j’ai eu tort de remettre en question la révélation personnelle qui nous a menés en Utah. Conserver notre maison et poursuivre ma carrière de vendeur à commission auraient sans doute été plus lucratif. Mais l’expérience vécue par ma famille en Utah et la satisfaction d’avoir enseigné l’histoire à l’université pendant vingt-trois ans ont fortifié mon témoignage du pouvoir de la prière et de la réalité que Dieu guide nos pas si nous lui faisons confiance (Proverbes 3:5).