Les mains et les yeux d’une mère enseignent à se souvenir

Remembrance Day

Mon père, Fred Hart Jr., était un ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale qui décéda deux mois après mon quatrième anniversaire.  Il souffrait de problèmes de santé qui commencèrent alors qu’il était en service actif.

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Fred Hart tenant Jack Hart

J’ai très peu de souvenirs de lui.  Cependant, l’un des souvenirs très clair que j’ai c’est d’avoir monté en voiture une soirée près de l’heure du coucher et d’avoir traversé la ville en voiture.  Pendant un certain temps, mon frère aîné, Jack, et moi jouions à l’arrière de la voiture.  Nous étions heureux d’avoir pu rester debout un peu plus tard qu’à l’habitude.  Ensuite, j’entendis mon père dire à ma mère de ne pas s’inquiéter pour le stationnement, mais de simplement s’arrêter sur le bord de la route afin qu’il puisse rapidement sortir de la voiture; lui expliquant qu’il traverserait le champ de hautes herbes menant jusqu’à l’hôpital.

Alors que nous partions, je me souviens l’avoir vu s’éloigner.  J’aurais souhaité pouvoir faire quelque chose pour qu’il ne soit pas aussi seul.  Mais je ne pouvais rien faire pour l’aider.  Lorsqu’il décéda quelques semaines plus tard, ma famille pensa que j’étais trop jeune pour apprendre à propos de la mort.  En fait, on ne m’a pas dit qu’il était mort et je n’ai pas été autorisé à assister aux funérailles.

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Charles Hart, quatre ans

Reconnaître le deuil et l’amour

Il m’a fallu près de deux ans avant de comprendre ce que signifiait la mort.  La prise de conscience m’est venue, alors que je me remettais d’une opération pour un bras cassé.  Un après-midi, les trois autres enfants avec qui je partageais la chambre d’hôpital pleuraient et j’ai également commencé à pleurer.  Lorsque l’infirmière s’est approchée de mon lit et m’a demandé ou est-ce que j’avais mal, je lui ai simplement répondu que j’étais triste parce que je venais de réaliser que mon père ne reviendrait plus jamais à la maison.

Lorsque j’avais huit ans, ma mère décida que je recevrais de meilleurs soins en vivant avec mes grands-parents paternels : Ella et Fred Hart.

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Ella et Fred Hart au 50e anniversaire de mariage

J’ai toujours eu un lien très étroit avec la mère de mon père, et ce fut l’un des jours les plus heureux de ma vie, lorsque mon beau-père a fait plusieurs heures de voiture pour m’amener chez elle.  Pendant les dix années suivantes, j’ai grandi sous ses soins attentifs et affectueux.

Visites commémoratives annuelles au cimetière

Une tradition que grand-mère Hart m’a enseigné était de prendre le temps le 30 mai de chaque année pour aller au cimetière.  Nous nous préparions en cueillant des fleurs dans son jardin pour ensuite aller les placer sur la pierre tombale de mon père.  J’étais invité à choisir des fleurs et de la verdure qui me paraissaient attrayantes et à remplir un pot d’eau.  Mon grand-père n’était généralement pas physiquement ou mentalement en mesure de venir avec nous, alors seulement ma grand-mère et moi allions au cimetière.

On se garait dans la section où les anciens combattants étaient enterrés et marchions jusqu’à la tombe de mon père.  Ensemble, nous enlevions toutes les fleurs fanées et on les jetait à la poubelle.  Je regardais ma grand-mère arranger soigneusement les nouvelles fleurs et les arroser.

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Ensuite, nous nous levions tranquillement de notre position accroupie et observions le service commémoratif, qui culminait avec les 21 coups de feu.  Puis, j’étais autorisé à jouer avec les autres jeunes.

Année après année, ce même rituel se répéta.  Ma grand-mère parlait rarement.  Ce ne sont pas seulement les vieux soldats qui ont souvent du mal à parler de leurs expériences de guerre.  Les mères peuvent trouver traumatisant de parler de la mort d’un fils.  Je me souviens que ses mains cueillaient tendrement des fleurs et les plaçaient sur sa pierre tombale.  Ce dont je me souviens le plus, ce sont ses yeux.  Avec un regard tendre et affectueux, elle veillait et prenait soin de sa tombe.  Je ne l’ai jamais vue pleurer, mais son regard silencieux m’a finalement appris à avoir une révérence sincère et à faire une pause respectueuse afin de me souvenir.

L’amour de la liberté, de la sécurité et de la paix

En partie à cause de l’exemple de mon père en matière de service militaire, mon frère et moi nous nous sommes également enrôlés dans les forces armées.  Mon frère est un vétéran de la guerre du Vietnam.  L’année où je reçus ma commission d’officier militaire, la guerre du Vietnam prit fin et je fus autorisé à remplir mes huit ans d’obligation militaire en tant que membre de la Réserve.  Mon frère et moi avons cru que nous devrions être prêts à sacrifier nos vies pour « la gloire de (notre) Dieu, et la liberté et le bien-être de (notre) pays » (Alma 60:36).

Boot Camp
Charles Hart au camp d'entraînement

Notre formation militaire de base nous a également aidés à mieux comprendre notre père.  Comme lui, nous avons appris à penser et à organiser notre vie de façon militaire.  Des « mains inanimées : des braves soldats morts, nous continuons d’essayer de prendre « le flambeau… pour le tenir bien haut » (John McCrae, « Les cimetières flamands », 8 décembre, 1915).  Les vivants le doivent à ceux qui ne peuvent plus parler pour se souvenir de leurs histoires et défendre leurs idéaux.

Prier pour la paix promise par le Christ lorsque nous nous souvenons

Comme j’ai eu l’occasion de vivre au Canada pendant la majeure partie de ma vie conjugale et d’assister aux services du Jour du Souvenir chaque 11 novembre, je suis remplie d’admiration et de respect.  J’ajoute avec révérence mes pensées à cette strophe souvent répétée du poème de Laurence Binyon « Pour les soldats tombés » : Ils ne vieilliront pas comme nous qui leur avons survécu; / Ils ne connaîtront jamais l’outrage ni le poids des années. / Quand viendra l’heure du crépuscule et celle de l’aurore / Nous nous souviendrons d’eux. (The Times, 21 septembre, 1914; italiques ajoutés).  Ces mots me rappellent ceux qui sont morts en défendant les idéaux et les libertés de leur pays.

Cependant, souvent la partie la plus importante de la cérémonie du Jour du Souvenir, pour moi, est le silence de deux minutes.  Pendant ce moment sans paroles, nous nous tenons simplement debout et méditons tranquillement à propos des sacrifices faits par les soldats vivants et morts et les gardiens de la paix (Casques bleus).  Après avoir révérencieusement visiter la tombe de mon père pendant dix années, le silence exemplaire de ma grand-mère Hart m’a appris que les mots ne sont pas toujours nécessaires pour démontrer notre amour sincère et le fait qu’on se souvienne.

Last supper

Concernant les bénédictions qui découlent à propos de spirituellement se souvenir, le président Henry B. Eyring a expliqué: « La faculté de se souvenir est l’un des dons les plus précieux que l’Esprit peut vous donner.  Il « vous rappellera tout ce que (le Seigneur a) dit » (Jean 14:26).  … Grâce à l’expiation de Jésus-Christ, la compagnie constante du Saint-Esprit aura un effet sanctificateur et purificateur sur votre esprit.  Vous ressentirez alors la paix que le Sauveur a promis de laisser sur ses disciples.  Avec cette paix viendra une espérance radieuse et un sentiment de lumière et d’amour venant du Père et de son Fils bien-aimé » (« Je vous laisse ma paix », Le Liahona, mai 2017).

Grâce au grand sacrifice expiatoire de Jésus-Christ, je vis avec l’espoir de retrouver un jour mon père, ma mère, mes grands-parents et d’autres de mes ancêtres.